dimanche 24 octobre 2010

Performance "Be on time Beyond borders", Le Garenne (Monthey, Suisse), 23 au 31 octobre 2010



Des centaines de personnes en tous points de la planète ont été conviées à appuyer simultanément sur le déclencheur de leur appareil photographique. Telle est l’expérience inédite qu’a proposée Le Garenne à la date symbolique du 10 octobre 2010 à 22 heures 10. Grâce aux nouvelles technologies, au prix accessible des appareils photographiques numériques et à la prolifération des téléphones portables, tout un chacun peut dorénavant réaliser des images et les diffuser à l’échelle planétaire. Ce phénomène nous confirme que l’expérience majeure de la modernité est celle de l’accélération. Nous l’éprouvons chaque jour, pris dans le flux de la dynamique actuelle. Comme en écho à ce constat, Be on time Beyond borders met en œuvre le fantasme ubiquitaire (1) de la communication instantanée à distance par le biais des relais technologiques. Dans cette conjoncture, la photographie numérique intègre le temps et le contexte comme composantes fondamentales de l’expression artistique et assume ici le risque de l’événement au sens où elle se produit en direct. L’aléatoire, le jeu et l’interaction y sont centraux. Cette manifestation a attiré des participants de Suisse et d’une bonne vingtaine de pays : France, Belgique, Allemagne, Roumanie, Irlande, Suède, Italie, Portugal, Maroc, Burkina Faso, Afrique du Sud, Madagascar, Japon, Singapour, Mexique, Australie, États-Unis, Québec, Île Maurice. Cette performance reflète ainsi l’expression du « village global » où temps et distances ne cessent de s’amenuiser. Voici vingt ans, le géographe David Harvey parlait déjà d’une « compression spatio-temporelle » (2) du monde en se référant à cette image et à celle du « vaisseau-Terre » popularisées, respectivement, par Marshall McLuhan (3) et Richard Buckminster Fuller (4). Le défi ludique lancé par Le Garenne invite à s’interroger sur l’instantanéité qui prévaut dans notre société moderne structurée autour de la vitesse et de l’immédiateté, et à penser ensemble les transformations du temps, les changements sociaux et le devenir de l’ individu et de son rapport au monde. Pour la première fois dans l’histoire de la création, grâce au système de réseaux, une œuvre peut se réaliser simultanément, selon le même processus, sur toute la surface du globe, et faire événement pour l’ensemble des individus, procédant ainsi de la figure rhizomatique chère à Deleuze et Guattari (5). Parce qu’elle s’est actualisée en des lieux très divers et sous des modalités synchroniques à l’occasion de ce rassemblement, la photographie numérique a ainsi immergé les photographes de tous horizons - professionnels et non professionnels - dans un réel processus d’ échange. En convoquant au même instant des potentialités sensorielles multiples, Be on time Beyond borders participe du vieux rêve d’un art total : unir ce qui était jusque-là séparé.

Julia Hountou

Notes :

1 Au début du XXème siècle, Paul Valéry parlait déjà de la « conquête de l’ ubiquité ». Voir Paul Valéry, « La conquête de l’ ubiquité » (1928), in Œuvres, tome II, Pièces sur l’ art, Nrf, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, 1960, 1726 pages, pp. 1283-1287.

2 David Harvey, The Condition of Postmodernity : an enquiry into the origins of cultural change, Cambridge, Mass., Blackwell, 1989.

3 Marshall McLuhan, The Global Village, Transformations in World Life and Media in the 21th Century (Le village global, transformations de la vie sur terre et des média au 21e siècle) œuvre posthume avec Bruce R. Powers, (Oxford University Press, New-York, 1989, 222 p.

4 Richard Buckminster Fuller, Manuel d’ instruction pour le vaisseau spatial "terre" (Operating manual for spaceship Earth), Lars Müller Publishers (1ère ed. 2009), 152 p.

5 « A la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. » (Gilles Deleuze et Félix Guattari, « Rhizome », Capitalisme et schizophrénie, Tome 2, Mille Plateaux, Éditions de Minuit, 1980. p. 30 et 31.)

Les 40 meilleures images – sélectionnées par un jury – sont exposées au centre culturel montheysan Le Garenne du 23 au 31 octobre 2010.

Un catalogue est par ailleurs disponible à la librairie Payot (à Lausanne et à Montreux), ainsi qu’au magasin Déclic Photo, à Monthey et bien entendu au Garenne durant l'exposition.

L'exposition est ouverte les jeudis et vendredis de 18h à 20h et les samedis et dimanches de 15h à 18h.

Article de Julia Hountou


Gordon Selbach, Tokyo, Japon



Laure Kaltenrieder, Collombey, Suisse

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